David Torondel / Portfolio | Faust
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faustmea

Faust

J’avais 20 ans, j’étais à peine un adulte. J’accompagnais une amie à un spectacle de théâtre de rue, une version modernisée de Faust. Cette amie venait de prendre un chaton, mais il lui posait problème, il faisait ses griffes sur le papier peint de son appartement. Je lui ai proposé de le prendre chez moi, je n’avais pas de papier peint, et de l’appeler Faust. A peine rentré chez moi il est parti se réfugier sous un meuble et ne voulait pas en sortir. J’avais un vieux matelas par terre en guise de canapé, je me suis allongé dessus, sur le ventre, et j’ai commencé à lire. Au bout de cinq minutes, j’ai senti un peu de chaleur sur mes fesses. Le chaton était sortit sans bruit de sous le meuble et était venu se rouler en boule sur mon arrière-train, et s’est endormi. Je n’ai pas bougé, l’ai traduit comme une manière de me dire qu’il acceptait de faire un bout de route avec moi.

J’ai 42 ans maintenant. Faust est parti hier. Il m’a accompagné pendant 22 années.

Pendant longtemps je me suis amusé à « cacher » des animations dans mes travaux professionnels. Ce qu’on appelle des « Easter eggs », en informatique. J’avais notamment réalisé des jeux en Flash pour le site d’une société que tout le monde connait, qui distribue du Gaz nationalement… Dans chacun de ses jeux, j’avais caché mon chat. Il suffisait de taper « Faust » sur son clavier pour qu’il apparaisse et traverse l’écran en courant derrière une souris. Vous pouvez tester ce que ça donne avec le jeu visible ici : http://site.torondel.net/html/animation/distributionpp.htm
cliquez n’importe ou pour commencer à jouer, puis tapez les lettres f, a, u, s et t sur votre clavier…

Il y avait pleins de jeux, donc j’ai fait pleins d’animations différentes. Quelques années après, cette société a fusionné avec une société spécialisée dans la distribution d’eau, le site n’a plus été en ligne. J’ai regroupé toutes ses animations cachées dans une seule animation intitulée « Faust et Hubert », qui est visible ici. Mais je peux l’avouer maintenant, je me suis bien amusé à être le seul ou quasiment à pouvoir faire apparaitre mon chat sur ce site !

Il était particulièrement « docile »… Un ami s’était amusé à le prendre en photo dans diverses situations… Vous pouvez voir le résultat ici : http://www.aubailly.net/faust/

Un jour, dans un appartement parisien du 9e, Faust a sauté par la fenêtre jusqu’au toit d’une sorte de hangar désaffecté en dessous. Mais ne pouvait plus remonter. Impossible de le récupérer, il miaulait sous la fenêtre. J’ai passé des heures au téléphone avec la mairie, le cadastre, pour essayer de trouver le propriétaire du hangar, en vain. Une voisine m’a conseillé d’aller voir un docteur qui avait un cabinet dont la salle d’attente avait une fenêtre donnant sur le toit du hangar. J’y suis allé, le docteur m’a laissé gentiment passer par sa fenêtre, et est parti en consultation. J’ai récupéré Faust après quelques minutes d’escalade, et une fois de retour à la fenêtre, celle-ci était fermée ! Des patients étaient arrivés et l’avait fermée. Je revois encore leur tête quand ils m’ont vu toquer au carreau, mon chat dans les bras. Ils m’ont ouvert sans trop comprendre, et nous avons traversé l’air de rien la salle d’attente et sommes sortis en les saluant dignement…

En vieillissant il est devenu un peu sénile. Et quasiment sourd. Il était même parfois franchement casse-pieds… Il réclamait de sortir quand il était à l’intérieur, de rentrer quand il était dehors. Il y a quelques semaines il est venu miauler à mes pieds dans le jardin, faisait quelques pas, se retournait pour me regarder, miaulait… Comme s’il m’invitait à le suivre, comme dans les séries télé, quand Rintintin, en chien surdoué qu’il est, indique à son maître le chemin pour découvrir la vérité, un trésor, un indice… Je l’ai donc suivi. Il m’a entraîné jusque derrière un talus en face de notre maison, que j’ai escaladé pour lui faire plaisir, en me disant qu’il devait vouloir me montrer une souris ou dans le genre… En fait non. Une fois derrière le talus, il s’est arrété, s’est tourné vers moi, m’a regardé bien en face et s’est accroupi pour faire ses besoins. Puis est reparti sans un regard pour moi, mission accomplie.

Il y aurait un paquet d’anecdotes à raconter à son sujet, mais je vais m’arréter là…
Ne croyez pas qu’il ai été un « chat de salon »… Il n’avait pas le poil soyeux, pas de toilettage… Il n’était pas nourri au Sheba… Je l’ai maudit plein de fois quand il me faisait tourner en bourrique en réclamant 12 fois par jour à manger, je l’ai insulté plus d’une fois quand il miaulait en boucle à 6 heures du matin pour rentrer ou sortir.

Il y a un mois il a fait une première attaque. Je l’ai retrouvé trempé, dehors, sur ce fameux talus. Il était devenu aveugle, n’avait quasiment plus de force. Le vétérinaire m’a expliqué que c’était la fin de la route, m’a laissé le choix entre le garder à la clinique vétérinaire pour un traitement de choc, sans grand espoir, ou alors le ramener chez nous avec un traitement légér, ou alors l’aider à partir tout de suite. J’ai choisi la 2e option, préférant qu’il passe ses derniers jours près de nous. Et au bout de quelques jours il a repris des forces, a retrouvé la vue, reprenait presque une vie « normale », sortait dehors la nuit, passait à nouveau ses journées sur mon bureau, à perdre ses poils. Il a ainsi été présent pour la naissance de mon 4e garçon, il aura vu naitre tous mes fils.

Hier une nouvelle attaque a été fatale, nous l’avons trouvé sans vie sur la route devant chez nous, au pied du talus.

J’avais juste envie de lui rendre un dernier hommage, et de lui dire au revoir.
Parce qu’il a vécu avec moi toutes les joies et les peines qui jalonnent une vie d’adulte.
Il a été là, présent mais discret, pendant que je me construisais.
Un vrai compagnon de route.

15 Commentaires

  • Fred Aubailly

    24.01.2013 at 11:09 Répondre

    Superbe hommage que tu lui rend ici.
    J’ai aussi plein de souvenirs pour l’avoir bien connu.
    Je me souviendrai toujours de ton déménagement Dijon – Paris. Le départ, quand il s’était caché sous le camion, sur le parking de la Toison d’Or. L’arrivée, quand tu l’avais passé sous la douche car il s’était fait pipi dessus durant le trajet…
    RIP Faust.

    • David

      24.01.2013 at 11:13 Répondre

      Il n’avait pas fait « que » pipi, d’ailleurs… et la douche avait été épique ! Il n’aimait tellement pas ça qu’il avait planté ses griffes dans l’email de la baignoire ! Ca a été la seule tentative de lavage qu’il aura eu en 22 ans…

  • Pierre

    24.01.2013 at 11:37 Répondre

    En fait tu voulais nous tirer les larmes, c’est gagné. Les animaux ont cette faculté de nous rendre plus humain. Et tu es très humain. Je pense que Faust est fier et heureux de t’avoir eu comme compagnon, tout comme tu l’es de l’avoir connu et aimé. Je ne même mettrais pas à ta place et je te donnerai pas de conseils car c’est trop personnel tout ça. Juste un signe d’amitié.

  • Pierre

    24.01.2013 at 11:37 Répondre

    En fait tu voulais nous tirer les larmes, c’est gagné. Les animaux ont cette faculté de nous rendre plus humain. Et tu es très humain. Je pense que Faust est fier et heureux de t’avoir eu comme compagnon, tout comme tu l’es de l’avoir connu et aimé. Je ne même mettrais pas à ta place et je te donnerai pas de conseils car c’est trop personnel tout ça. Juste un signe d’amitié.

  • Pierre

    24.01.2013 at 11:39 Répondre

    Arf, j’avais pas fait gaffe à la belle photo de Faust et Sacha… Faust regarde jalousement un autre chat on dirait :)

  • Pierre

    24.01.2013 at 11:39 Répondre

    Arf, j’avais pas fait gaffe à la belle photo de Faust et Sacha… Faust regarde jalousement un autre chat on dirait :)

  • David

    24.01.2013 at 11:40 Répondre

    Voilà, sur cette photo on a le pacha, Sacha, et le chat :)

  • Michel Loiseau

    24.01.2013 at 12:52 Répondre

    Il y a eu quelques chats qui ont marqué ma vie. Il y a eu une sorte de siamois, trouvé par mon ex belle-mère. Un tout petit chat au caractère déjà très affirmé que l’on avait adopté sur un chantage. Vous le prenez ou on l’amène à la SPA. C’était en plein hiver, le chat était en région parisienne. Nous sommes allés le chercher et je suis tombé sous le charme de ce très beau chat aux yeux bleus qui me griffait et mordait en feulant. Il était sauvage et le voyage retour (500 km) a été éprouvant. Il miaulait de peur et pissait autant qu’il le pouvait. Nous étions en plein hiver. Je l’ai baptisé Zigomar. Pourquoi ? Aucune idée. C’est comme ça. C’est devenu mon meilleur ami. Du siamois, il avait tout jusqu’à l’acceptation d’une seule personne, moi. Je pouvais tout lui faire, il se vengeait sur ma copine de l’époque. Il dormait avec moi, était jaloux, difficile à nourrir, rancunier, fourbe. Une vraie saloperie qui pouvait nous punir de manière très odorante en choisissant bien les lieux difficilement accessibles adéquats. J’ai vraiment adoré ce chat qui était passionné par l’odeur des œillets d’Inde et chassait les couleuvres comme personne. Il nous les ramenait comme autant de cadeaux que nous faisions mine d’accepter de bon cœur pour ne pas froisser sa susceptibilité exacerbée.
    Il a disparu lors de la grosse tempête de 1999. Le vent soufflait très fort, on entendait les tuiles de la maison s’envoler et lui, il voulait sortir à tout prix. On a tenu bon assez longtemps et lorsque le vent a semblé faiblir, parce que nous étions épuisés de l’entendre miauler à la mort et de nous faire subir son courroux de toutes les manières possibles, nous l’avons laissé sortir en nous disant qu’il allait vite rentrer. Il n’est jamais revenu. Le lendemain matin, je l’ai cherché partout autour de la maison, regardant sous les branches d’arbre arrachées, sous tout ce qui aurait pu l’écraser. Je ne l’ai jamais trouvé. Je ne sais pas ce qu’il est devenu. J’ai gardé assez longtemps l’espoir de le voir revenir.
    Il y a aussi eu Midinette. Une chatte sublime bien que parfaitement de gouttière. Elle est née sur le terrain de mes parents. Sa mère était à une voisine qui ne tenait pas plus que cela à récupérer les petits. Ils étaient trois petits chats et le père était très vraisemblablement le Persan d’une autre voisine. Une Persan authentique, celui-ci ! Cette Midinette est tombée amoureuse de moi. Bizarrement, comme ça. Ça ne s’explique pas, ce genre de chose. Je ne l’ai jamais prise chez moi. Je l’ai laissée chez mes parents. Avec eux, elle était distante, se laissait caresser occasionnellement mais leur faisait surtout bien comprendre qu’elle les méprisait un peu. C’est qu’elle devait savoir qu’elle était d’extraction noble, la persane des toits ! Lorsque j’arrivais chez mes parents, elle reconnaissait mon pas (ou mon odeur ?) et, où qu’elle se soit trouvée, elle accourait pour me sauter littéralement dans les bras en ronronnant et en se frottant dans ma barbe. Elle était très attachante. Limite collante. Elle a vécu 18 ans. Sur la fin, elle a eu une attaque cardiaque dont elle s’était relevée puis une seconde qui lui a été fatale.
    Mais il y a aussi eu Cristal, une chatte qui voulait dormir avec la tête sur l’oreiller à l’exception de tout autre chose ; Lucifer, un gros chat borgne et amputé de deux doigts qui était le chef de tous les chats du quartier mais était d’une gentillesse extrême avec les petits (dont il devait être le père pour la plupart) ; Madoudou, qui avait appris à jouer à la balle. Elle ramenait celles qu’on pouvait lui envoyer et les posait à nos pieds.
    Des chats, j’en ai connu peut-être une centaine. Le tout premier est arrivé chez mes parents au milieu des années 70 et était là pour chasser les souris qui infestaient la maison. Je n’aimais pas trop les chats, à l’époque. Je ne les connaissais pas. Aujourd’hui, je n’en ai plus et n’en veux plus.

    Je suis vraiment de tout cœur avec toi, David. J’ai une pensée pour Faust. Les amis des chats ne peuvent pas être foncièrement mauvais.

    • David

      24.01.2013 at 18:13 Répondre

      Merci à tous pourles messages… Michel, pourquoi tu n’en veux plus aujourd’hui ? A cause justement de la peine quand ils partent ?

      • Michel Loiseau

        24.01.2013 at 21:19 Répondre

        Au départ, c’est parce que j’avais commencé à travailler à Périgueux et que, peu de temps après, ma copine était partie. Je devais partir vers 6h40 le matin et je ne rentrais que vers 18h45. Je me suis alors dit que je ne pouvais pas laisser un chat seul si longtemps.
        Ensuite, j’ai déménagé, j’ai gagné environ 20 minutes de temps de trajet le matin et le soir mais j’ai aussi été proche d’une route très passante. Je n’ai pas souhaité trouver un chat écrasé en rentrant du boulot.
        La vraie raison est peut-être ailleurs et plus personnelle et relève peut-être plutôt de la psychiatrie ou de la psychanalyse.

  • Rod Leg

    24.01.2013 at 13:55 Répondre

    J’ai moi-même un chat « Pirate » qui a une petite 10aine d’années, j’espère qu’il vivra aussi longtemps que Faust…
    Je dois avouer que j’ai versé une petite larme en lisant ton article (mais ça reste entre nous bien entendu), c’est un bel hommage!
    Je te souhaite beaucoup de courage et une bonne continuation .

  • Marie-Christine CHAGROT

    24.01.2013 at 22:06 Répondre

    Bien triste nouvelle David… 22 ans de vie commune ça ne va pas s’effacer comme ça et il ne le faut pas. Seuls les amoureux des chats (et apparemment il y a en plein sur ton blog) peuvent comprendre le chagrin qu’on éprouve quand on perd notre boule de poils.
    Moi, j’ai mon Tigrou, 8 ans déjà, tu te souviens David quand il a squatté ma terrasse un jour comme ça, parce que c’était mon destin, je m’étais pourtant juré de ne plus jamais en reprendre un, sûrement trop lâche pour affronter la peine de le perdre. Et voilà, la cigogne l’a déposé chez moi et je suis repartie pour 20 ans ou 22 ans de bonheur !

    C’est une triste nouvelle mais j’ai réussi à sourire…. quand j’ai appris (gros filou !) des années après, que Faust se baladait planqué sur mon site internet, ce fabuleux site sur lequel nous avons bossé ensemble durant des années.

    Voilà, nous sommes tous tristes ce soir mais une chose est sûre, ce Faust a eu une vie fabuleuse et c’est grâce à l’amour de son maître !
    Courage ! Biz
    MC

  • Nathalie.Sarah.Pablo

    24.01.2013 at 20:40 Répondre

    Quelle belle vie a eu Faust. Merci David, pour ce partage drôle. Émouvant et sensible. Nous avons grandis entre chiens et chats et je te revois entre leurs poils et leurs pattes, l’oeil rêveur et le coeur apaisé, baigné de tendresse. Une grande histoire d’amour, je t’envoie plein de douceur, ta grande soeur.
    *
    Cet hommage est magnifique, accompagné de très belles photos et d’animations qui nous ont bien fait rire ! Ce chat avait toutes les qualités d’un animal de compagnie parfait ! En tous les cas, il avait l’air de beaucoup t’aimer ! On pense souvent à vous, Sarah.
    *
    salut je regraite de ne pas avoir connu faust . sa me tarde de vous voir a paques ! =) il avait l’air tres gentil et aussi rigolo ! bisou pablo

  • Charlotte

    24.01.2013 at 10:01 Répondre

    Pour ma part pas de chat, mais des chiens, depuis toujours. Celui qui partage ma vie depuis 4 ans est un labrador sable dont le nom breton, Brennig, lui va comme un gant. Une crème de chien… je comprends bien ce que tu peux ressentir au départ de ton compagnon, je garde précieusement le souvenir d’une petite Mouche, pure batarde qui m’a accompagnée pendant 20 ans et repose maintenant sous le poirier d’un jardin aimé…

  • David

    24.01.2013 at 11:13 Répondre

    Il n’avait pas fait « que » pipi, d’ailleurs… et la douche avait été épique ! Il n’aimait tellement pas ça qu’il avait planté ses griffes dans l’email de la baignoire ! Ca a été la seule tentative de lavage qu’il aura eu en 22 ans…

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